LA PORTE ÉTROITE, roman de Olivera Nikolova (Tesna vrata, éd. Misla, Skopje, 1983)

UN PAVE DANS LA MARE !

LA PORTE ÉTROITE est le premier roman de Olivera Nikolova, publié en 1983 par Misla, un éditeur macédonien de grande réputation, disparu depuis. Le livre sera unanimement salué par la critique et obtiendra le Prix Stale Popov , décerné par l’Association des écrivains de Macédoine. Le sujet n’est pourtant pas facile car tabou à l’époque : le rapport entre la religion et l’athéisme. Cela suscitera quelques remous, car l’auteure ose, en se basant sur des documents, soulever aussi la question des sectes et surtout comparer le communisme à une religion.

Petra commence à déranger. Elle observe les gens d’Eglise, et découvre soudain la complicité hypocrite entre l’Eglise et l’Etat, leur « tolérance » réciproque. Elle découvre la rivalité entre l’Eglise et les sectes. Au début, tous se méfient d’elle, puis chacun la voudrait pour soi. Pendant son hospitalisation, les Méthodistes font le ménage de son appartement, les adeptes de l’Eucharistie lui font ses courses et le jour de sa sortie de la clinique, les Témoins de Jéhovah l’accompagnent en taxi chez elle. Ils sont tous plus aimables les uns que les autres. Et pendant ce temps-là, les camarades communistes s’interrogent à propos de Petra. Pourtant, combien de fois avait-elle tenté de leur expliquer que les choses étaient plus compliquées qu’ils ne le pensaient. Plus Petra comprenait les autres, moins ils la comprenaient, elle. Plus elle s’approchait de la vérité et plus elle recherchait la justice, plus les autres se détournaient d’elle. A la fin, Petra disparaît. Ceci arrange tout le monde: l’Eglise, les sectes et ses camarades communistes.

« Petra avait tout ce qu’un géant peut avoir. Des bras, les jambes, un nez, des yeux avec des prunelles, de la bile, des ovules, un nombril… Que cherche-t-on de plus ? La seule différence était que, chez elle, toutes ces richesses se trouvaient dans un plus petit espace, se bousculaient l’une contre l’autre avec impatience et tension, chaque cellule vagissait pour avoir droit à la parole, à l’expression. Il y avait chez elle plus de maladies aussi que chez les autres personnes de son âge. Il semblait qu’elles aussi rivalisaient pour la conquête de ce petit espace humain. Il n’est pas remarquable qu’une plante pousse dans une grande plaine. Mais voir pousser sur un même centimètre carré : le souci et le pissenlit, le rumex et l’ortie, voilà qui nous remplit d’admiration. C’est ainsi que je comprenais Petra, et c’est ainsi que je la voyais. »

lire la suite : extrait de La porte étroite    

Olivera Nikolova est une géante de la littérature macédonienne, bizarrement encore inconnue en France. Elle est considérée  comme « mère littéraire » de toute une génération de romancières macédoniennes. Née en 1936 à Skopje (Macédoine), elle est diplômée de la Faculté de philosophie de Skopje et a travaillé comme dramaturge à la Radio-Télévision nationale.

Olivera Nikolova a obtenu tous les grands prix littéraires dans son pays.

Son premier livre Zoki-Poki (1963), est considéré comme une innovation dans la littérature macédonienne pour la jeunesse. Olivera Nikolova y apporte une nouvelle langue, naturelle et pleine d’humour. Ce livre sera traduit en neuf langues : serbe, roumain, ukrainien, tchèque, italien, slovène, turc, albanais et allemand.

Suivront dix-huit livres pour enfants (romans, pièces radiophoniques) dont Le pays où l’on n’arrive jamais, Les amis de Bon et Bona et Mon son,  qui obtiendront à la fois le prix de la Radio-Télévision Skopje et celui des Soirées poétiques de Struga[1].

En 1983, pour son œuvre destinée à la jeunesse, Olivera Nikolova recevra le Grand prix yougoslave Zmaj.

Un jour de vacances, recueil de nouvelles (1964), est son premier texte pour adulte qui confirme le talent de la jeune écrivaine qui, comme le souligne le critique Georgi Stardelov, a tant de choses à dire et qui, pour parler de la femme, puise son inspiration dans la vie réelle et son expérience personnelle.

Son premier roman La porte étroite (1983, Тесна врата) sera unanimement salué par la critique et obtiendra le Prix Stale Popov en 1983, décerné par l’Association des écrivains de MacédoineElle y traite, en se basant sur des documents, un sujet tabou pour l’époque : le rapport entre la religion et l’athéisme. Cela suscitera quelques remous, car elle ose soulever aussi la question des sectes et surtout elle compare le communisme à une religion.

Pour le roman La thrombose (1998,Тромбот ), elle obtiendra le Prix de l’Association des écrivains de Macédoine. Il y est question d’une existence destructive qui comme une boule de neige n’en finit pas de grossir se transformant en avalanche. Une fois de plus c’est la société macédonienne qui est l’objet de son observation minutieuse où chacun des personnages fait tourner la roue de la mort sans être conscient qu’il en sera aussi la victime.

En 2000, Olivera Nikolova publie le roman La côte d’Adam (Адамово ребро)pour lequel elle obtiendra le prestigieux Prix Racin pour le meilleur roman de l’année. Elle y traite la question de l’émancipation de la femme et plus particulièrement son attitude envers l’amour. A travers l’existence de deux femmes, l’une du début du 20ème siècle et l’autre de la fin du même siècle, Olivera Nikolova décrit la métamorphose du sentiment amoureux qui va du besoin d’aimer et d’être aimé, de la dépendance biologique entre deux personnes, jusqu’au allusion, invention ou l’auto torture.  « Personne dans notre littérature n’a écrit des pages aussi rudes que tendres sur le cœur de la femme », notera le critique Atanas Vangelov

Le roman Les poupées de Rosica (2004,Кукличките на Росица), remportera le Prix du meilleur roman de l’année, décerné par le quotidien Utrinski Vesnik. En se basant sur une riche documentation de la fin du 19ème siècle, Olivera Nikolova raconte la situation de la Macédoine à travers la vision d’une jeune fille muette, Rosica qui, originaire de Prilep, va travailler comme servante à Sofia et se retrouvera dans le milieu des intellectuels macédoniens qui, dans la Bulgarie tout juste libérée du joug turc, rêvent de libérer leur propre patrie : la Macédoine.

Le ventricule gauche (Лева комора) paraît en 2008. C’est un petit recueil de nouvelles que la critique considère comme une œuvre exceptionnellement mûre, écrite dans un style raffiné et une expression élégante. Il s’agit de fragments de souvenirs voilés de philosophie et sans aucune nostalgie. Olivera Nikolova n’a jamais aussi clairement cristallisé l’existence de la femme, écrit le critique Nikola Galevski qui salue ce texte comme « l’hymne à la féminité ».

Dans La petite maison (2011,Куќичка ) Olivera Nikolova se penche sur la crise existentielle de la femme incapable de se débrouiller dans sa propre vie comme dans celle d’une société en transition, bouillonnante et dévastée. Roman d’amour mais aussi roman social avec des éléments d’un triller. Nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours (2015,) est un recueil de nouvelles sur les femmes meurtrières. Les personnages principaux sont authentiques, ainsi que leurs actes. Certaines de leurs données biographiques de base sont empruntées au Dictionnaire des assassins de René Réouven. Le reste est le fruit de l’imagination de l’auteur. Prix Stale Popov 

Le roman Le chien au regard triste (2019, Песот со тажен поглед) est basé sur des événements historiques, mêlant délicatement la fiction littéraire avec des faits. Inspirée par My Balkan Log de James Johnston Abraham, publié en 1922, un mémoire d’un médecin qui est resté à Skopje pendant la Première Guerre mondiale. Prix du roman de l’année 2019.

[1] Manifestation internationale de poésie.

   Page manuscrite du roman Le ventricule gauche

Livres pour la jeunesse :

 Zoki-Poki, Skopje, Kultura, 1963 ;

Le pays où l’on n’arrive jamaisSkopje, Detska Radost, 1965 ; Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Les amis Bon et Bona (1975, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Mon son, 1978, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga, Prix « Mlado pokolenje ».

Romans et nouvelles :

Un jour de vacancesnouvelles, Skopje, Kultura, 1964 ;

La porte secrète, roman, Skopje, Misla, 1983 ; Prix Stale Popov

La thrombose, roman, Skopje, Kultura, 1997 ; Prix de L’Association des écrivains de Macédoine

La pomme d’argent, textes de théâtre, Skopje, Matica Makedonska, 1998 ;

La côte d’Adam, roman, Skopje, Matica Makedonska, 2000 ; Prix Racin

Exercices pour Ibn Pajko, roman, Skopje, TRI, 2001 ;

Les poupées de Rosica, roman, Skopje, Kultura, 2003 ; Prix Roman de l’année

Le ventricule gauche, nouvelles, Skopje, Templum, 2008

La fumée blancheroman, Skopje, Ili-Ili, 2009

La petite maison, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2011, nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours, nouvelles, Skopje, Matica Makedonska, 2015, Prix Stale Popov ;

Le chien au regard triste, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2019, Prix Roman de l’année.

  

     

A propos bejanovska

journaliste - traductrice littéraire
Cet article, publié dans 1- Propositions romans / récits / nouvelles/ contes, Littérature macédonienne, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour LA PORTE ÉTROITE, roman de Olivera Nikolova (Tesna vrata, éd. Misla, Skopje, 1983)

  1. Goran dit :

    Bonjour. Savez-vous si « La Porte des étoiles » sera proposé prochainement par un éditeur français ? Merci.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s