Radovan Pavlovski, le prince de la métaphore

Radovan Pavlovski – le prince de la métaphore –

le poète qui a « marié son âme aux longs chemins ».

Radovan Pavlovski est apparu dans la poésie macédonienne comme une pierre météorite. Dans les années 60, un jeune homme d’une vingtaine d’années débarquait on ne sait d’où. Il arrivait d’un lycée de province et avait composé des poèmes dans les marges de ses travaux scolaires. Il venait d’un village, perdu dans la montagne, inconnu de toute géographie, quelque part en Macédoine. C’est ce petit village, Železna Reka (Rivière de fer), souvent nommé dans ses poèmes, qui l’a façonné comme poète en le nourrissant de récits légendaires, de pratiques plus ou moins magiques, de rapports intimes avec la nature et la société paysanne.

Et voilà, ce jeune homme, étrangement doué, qui descend de sa montagne, ce garçon un peu bizarre, et qui se sent lui-même porteur de secrets qu’il ignore, il a sous le bras des cahiers pleins de griffonnages. C’est un poète, on le saura tout de suite, et d’évidence.

A Skopje il fera des études de droit et de littérature, travaillera comme journaliste et ne cessera d’écrire et de voyager. Il consacrera sa vie à la poésie.  A ce jour, il a publié 70 recueils de poésie et a parcouru le monde entier: Chypre, Sirie, Liban, Egypte, Russie (Moscou, Tachkent, Samarkand, Volgograd, Leningrad, Angleterre (Londre, Oxford), France ( il a séjourné pendant trois mois à Paris). En 2006, il est devenu membre de l’Académie macédonienne des Sciences et des Arts.

Ses poèmes sont traduits en cinquante langues dont en français  : Un autre oiseau dans un autre temps (Ed. L’Age d’Homme, 1981), un recueil épuisé depuis très longtemps.

« J’ai marié mon âme aux longs chemins. J’ai commencé à étudier le droit, mais la chimie et la magie du mot passaient par-dessus le droit, dans mon cas – le droit romain. Puis j’ai eu mon diplôme de littérature, je n’ai pas eu la meilleure note, le dix, j’ai obtenu le neuf parce que j’ai dit aux professeurs que Don Quichotte ne pouvait être écrit qu’en Espagne, comme Hamlet qu’en Angleterre et, dans le monde slave, Oblomov de Gontcharov qu’en Russie, pour tout l’oblomovisme de notre monde. Chaque poème à son pays natal, dans ma vie je n’ai jamais été ni rédacteur en chef, ni membre d’un jury, mais je sais que l’existence de mon peuple vit en moi et avec moi. » (Radovan Pavlovski)

MAIA

1.

Ce me fut une malédiction de regarder les étoiles le jour mon âme éteignait la foudre

Je m’approchais de toi mes doigts se remplissaient de nuit et de paroles

J’avais peur de me coucher seul sur la route comme un vagabond et m’endormir

Craignant que ne viennent les fourmis impériales me déchirer la peau

Mais tu m’enlevais dans les airs

Et comme un oiseau je perchais sur la tour

Tandis que devant moi mon âme éteignait la foudre

Dont s’illuminaient les nuages.

Nous choisîmes l’endroit. Un endroit pour des jardins et pour des cloches

J’entrais comme un cueilleur dans le jardin moi plein de sifflets

Et toi pleine de fruits. Je vis autour de nous des traces de voleurs

L’aurore glissait entre les doigts. Les grillons enfouissaient dans la terre

Une fleur blanche afin que l’hiver conserve quelque beauté

Je débroussaillais le chemin pour qu’il ne t’arrive aucun mal

Ce me fut une malédiction de regarder les étoiles le jour

Nous écoutions dans l’air les pleurs de notre progéniture

J’anéantissais toute autre richesse

Pour qu’on ne voie plus que notre pure richesse

Un incendie au cœur

J’étendais le bras sur la terre puisque tu venais

O cloches orgueilleuses qui avaient ébranlé le ciel

Parfumé de serpolet.

MAIA (Radovan Pavlovski)

BIBLIOGRAPHIE DE R.PAVLOVSKI

« Radovan Pavlovski (1937) ressemble à sa poésie. Ses sources profondes sont comme son enfance, macédoniennes, mais elles sont aussi le produit singulier d’une alchimie complexe. Vision du monde émouvante, pétrie de peurs, d’expériences ancestralement vécues, de superstitions et de rêves collectif, intégrés à la permanence de l’écriture poétique.

Entièrement macédonien et entièrement lui-même, Radovan Pavlovski parvient à tout concilier sans rien renier. J’ai aimé cette poésie d’être si individuelle qu’elle en devient message des siècles passés et de siècles futurs. Aussi parce qu’il y traîne dans le vent des odeurs, comme si l’on y froissait entre les mains des herbes et des graines, des fleurs macédoniennes de son pays natal. »

Jacques Gaucheron

A propos bejanovska

journaliste - traductrice littéraire
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