Proposition : LE CHEVALIER ET LA BYZANTINE, roman de Kica Kolbe (VITEZOT I VIZANTINKATA, éditions Ili-Ili, Skopje, 2021)

LE ROMAN DE LA FIERTE

« Nous, les hommes, nous croyons au mensonge que nous avons créé », dit Kica Kolbe

« Dans son dernier roman, Kica Kolbe raconte l’amour entre deux doctorants en philosophie à l’université de Bonn. Daniel Kluge est Allemand et Natalia Polenak, née en Allemagne, a des parents originaires d’un pays de l’Est. A travers ces deux personnages l’auteure décrit avec habilité le drame contemporain qui se joue entre l’Est et l’Ouest, c’est-à-dire entre les parties de l’Empire romain éclaté où Byzance est toujours l’objet d’un stéréotype et d’un préjugé dans l’esprit des Occidentaux. Et les stéréotypes, explique l’auteure, survivent pendant des siècles parce qu’ils sont le fruit de demi-vérités.

Ce drame amoureux dans le milieu intellectuel de Bonn, où les personnages brûlent du même éros philosophique en bâtissant leur carrière et leur vie maissouffrent à s’en autodétruire, jusqu’au moment où ils comprennent que « sans empathie le dialogue n’est pas possible ni la capacité de surmonter les préjugés », et encore moins de réaliser l’amour et l’envie d’une vie commune qu’ils désirent tant.

A travers l’amour et la haine entre le Chevalier et la Byzantine, l’auteure explique toute la complexité des rapports qui se nouent entre les deux parties de l’ancien Empire romain et des conséquences tragiques provoquées par la fierté de l’homme occidental et celle, aussi grande et mêlée aux frustrations, de l’homme oriental, particulièrement celui des Balkans qui se voit toujours victimisé dès que quelqu’un lui adresse la moindre critique.

C’est le drame des personnes qui, à la recherche de leur identité dans le passé lointain, oublient qu’ils ont acquis aussi une nouvelle identité européenne qui leur appartient autant qu’à ceux qui sont nés en Occident. Et que les tragédies peuvent être évitées par la compréhension mutuelle afin de construire un avenir commun. » Spasov (universitaire et critique littéraire macédonien)

En lisant le roman Le chevalier et la Byzantine de Kica Kolbe on ne peut s’empêcher de penser au Meurtre à Byzance de Julia Kristeva. Ce sont des exemples parfaits pour une lecture comparée, selon le critique macédonien Atanas Vangelov.

« Le surnom chevalier ne dérangeait pas Daniel car, enfant, il engloutissait des romans moyenâgeux pleins de chevaliers. Il est un symbole pour la civilisation occidentale qui s’estime supérieure à Byzance, à l’époque Empire romain oriental, faisant partie de l’Europe. Dans le roman de Kristeva, la Byzantine c’est Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis Comnène, une intellectuelle d’envergure et auteure d’une histoire en vers, « Alexiade », écrite à la façon d’Homère. Anne Comnène devient une obsession pour l’historien Sébastien Chrest Jones. Quand Natalia Polenak de Kica Kolbe cherche à échapper au stéréotype de Balkanique qu’elle remplace par celui de Byzantine, elle donne à penser que, tout comme le Sébastien Chrest Jones de Kristeva, elle est fascinée par cette première intellectuelle de la culture européenne.

Le chapitre « La Byzantine » est essentiel dans le roman de Kica Kolbe avec, notamment, la reconstitution d’un évènement de mai 2004 quand Natalia arrive dans le cercle des doctorants du professeur von Blumenthal. « La fierté fait parfois partie de la beauté à tel point qu’elle couvre la personne d’un voile invisible. » La fierté de Natalia Polenak était une sorte d’armure qu’elle s’était elle-même créée. On savait que derrière sa fierté se cachait sa dignité blessée. La fierté, cette cotte de maille sous laquelle elle cachait son traumatisme, la portant d’une façon si digne comme si elle était devenue qu’elle semblait être devenue sa seconde peau. » Atanas Vangelov (universitaire, critique littéraire macédonien)

Kica KOLBE est écrivaine, essayiste, traductrice et artiste peintre. Elle est née en 1951 en Macédoine dans une famille de réfugiés du nord de la Grèce. Elle a fait ses études de philosophie, d’histoire de l’art et de théorie de la littérature à l’Université de Belgrade (Serbie) et celle de Skopje où elle a obtenu un doctorat avec le sujet « L’esthétique dans la philosophie allemande du dix-huitième siècle ». Pendant une dizaine d’années elle a enseigné l’esthétique à la Faculté de philosophie de Skopje. Elle est membre de l’Association des écrivains de Macédoine et de la Société Macédonienne de Philosophie.

Depuis une trentaine d’années elle vit en Allemagne où elle se consacre à la littérature et à la peinture. Elle écrit en macédonien et en allemand. Le Chevalier et la Byzantine est son cinquieme roman.

Les Egéens (1999) qui traite du sujet de l’exode des Macédoniens pendant la Guerre civile (1945-1948) en Grèce, de leur déracinement et l’impossibilité de retrouver leur pays natal.

           La neige à Casablanca (2007) est un roman sur un pays que l’on veut fuir. Ana, le personnage principal, mène depuis une dizaine d’années une vie de nomade grâce aux bourses des fondations européennes, mais elle fuit sans cesse quelque chose. Les Balkans ? La Macédoine ? Elle-même ? Alors elle décide d’écrire une biographie virtuelle dans laquelle la Macédoine se transforme en Casablanca – une patrie au bout du monde. Cependant la vérité est moins virtuelle. La Macédoine est ensevelie sous une neige centenaire, qui recouvre la terre et les hommes.

« Casablanca, c’est la Macédoine, un pays que l’on cherche sans cesse à couper et découper. Casablanca c’est nous tous avec nos rêves perdus et nos espoirs », dit Kica Kolbe qui, pour ce roman, a reçu le Prix du meilleur roman de l’année en Macédoine, décerné par le journal Utrinski Vesnik. Ce roman était aussi candidat au Prix international Balkanika.

Les femmes Gavrilov (2008). Dans la famille macédonienne Gavrilov de Bitola, les femmes transmettent de génération en génération le secret du tissage en même temps que le secret de leur vie. C’est un véritable filet de noms, d’époques, d’artistes célèbres et de femmes de talent inconnues sur un fond historique et culturel macédonien et européen. Le roman a été nominé pour le Prix Balkanika. 

   Andrew Wachtel, essai sur Les femmes Gavrilov

Pays des réfugiés (2018) est le quatrième roman de Kica Kolbe. La narratrice est une petite fille, Frossé, qui raconte l’exode de sa famille en Macédoine pendant la guerre civile en Grèce (1945-1948). L’accent est mis sur le traumatisme psychologique provoqué par la guerre et la perte du pays natal, sur les sentiments, les peurs mais aussi les espoirs. Ce traumatisme que subissent également et pendant très longtemps les générations suivantes. Un sujet aussi vieux que l’histoire de la guerre mais jamais aussi actuel que de nos jours.

A propos bejanovska

journaliste - traductrice littéraire
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