UN ETE SANS TOI, roman de Petar Andonovski (Leto vo koe te nema, Ed. Ili-Ili, Skopje, 2020)

UN ETE SANS TOI – LE PREMIER ROMAN QUEER MACEDONIEN

Sans barrière, ni tabou !

Le nouveau  roman du jeune auteur macédonien, Petar Andonovski, a été attendu avec impatience par les lecteurs de son pays, notamment après le Prix européen de littérature 2020 qui lui a été décerné par L’Union européenne pour son précédent roman, La peur des Barbares (2019).

           

Il s’agit d’un texte court, très court, d’une centaine de pages mais d’une grande force littéraire. Selon la critique Olivera Korveziroska, il pourrait être « résumé » par un passage qui « avale le roman protégeant sa signification essentielle dans le ventre du non écrit. ». C’est la scène avec le château de sable construit entre les jambes d’une femme (Ilinka Indira) que le narrateur, en colère, détruit car « rien n’est vraiment visible ».  Cette scène remarquable symbolise le personnage du narrateur. Puisqu’il n’y a rien de visible, ce château de sable peut aussi disparaître ! Pendant que leurs corps disparaissaient en s’éloignant au large, je me suis approché du château et je l’ai détruit; le vent se lève balayant tout devant lui, Ilinka Indira, Vlado, Safran, même Ivan qui est le château parfait de l’amour que lui portent les deux autres hommes du trio.

Un lecteur averti reconnaîtra aisément les allusions de l’auteur aux textes de Lewis Carroll, d’Hemingway, de Virginia Wolf, de Truman Capote…

Extrait

Au début de l’été, vingt jours après ma sortie de l’hôpital, je me tenais devant la fenêtre de l’hôtel et observais la plage. Sous une chaise longue il y avait un chat roux. Les gouttes de la pluie glissaient sur sa fourrure.

« Quel est ce sentiment d’être aimé? »

« Il a plu toute la nuit…Il pleut encore. »

Le chat s’est déplacé sous une autre chaise où quelqu’un avait oublié un foulard. Je ne voyais que sa queue.

« Quel est ce sentiment après avoir trompé quelqu’un? »

« Je dois quitter la chambre à midi. »

Je ne regardais plus le chat. Une jeune fille avec un parapluie rouge appelait quelqu’un.

« Est-il possible, après tout, d’oublier le passé? »

« J’ai vu un chat tout à l’heure. »

Je ne regardais plus ni le chat ni la jeune fille. Je suis sorti de la chambre en laissant la porte ouverte. Sur l’escalier j’ai croisé un couple d’Américains. Ils étaient trempés. Ils laissaient des traces d’eau derrière eux. S’ils étaient amants on allait facilement les trouver. Le réceptionniste fumait sur la terrasse. « Il n’y a rien pour vous », dit-il en me voyant. « Un parapluie…voulez-vous un parapluie… » La pluie semblait plus forte que l’on s’imaginait à l’intérieur. Mes pieds s’enfonçaient dans le sable. J’ai ramassé le foulard. Le chat me regardait, effrayé.

A mon retour, la porte de la chambre était encore ouverte. Les valises près du lit.

« Avec qui aimerais-tu revenir? »

Je me taisais. Je serrai fort le chat contre ma poitrine.

« Nous reviendrons tous les trois », dit-il.

Petar Andonovski est née en 1987 à Kumanovo (Macédoine). Il est l’auteur de trois roman et d’un recueil de poème (Espace mental, 2008).  Dès la parution de son premier roman Les yeux couleur chaussures (2013), le jeune écrivain connaît le succès, son roman est nominé pour le Prix du roman de l’année, un prix très convoité en Macédoine. Deux ans pus tard,  il reçoit ce grand prix pour son deuxième roman Le corps dans lequel il faudra vivre (2015). Et son troisième roman La peur des Barbares (2019) lui apporte une reconnaissance internationale : Prix européen de littérature 2020 décerné par l’Union européenne. Un été sans toi (2020) est son quatrième roman et le premier du genre queer dans la littérature macédonienne.

Les yeux couleur chaussures (2013) et Le corps dans lequel il faudra vivre(2015) sont traduits en bulgare.

La peur des Barbares (2019) –  parution prévue en 2021 en anglais, en croate, en serbe et en bulgare.

 

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JOEL VERNET – le poète qui veut transformer le monde en poème

Je viens de découvrir un grand, un merveilleux poète : Joël Vernet. Chaqu’un de ses mots me bouleverse. Sa poésie est un hymne à la vie, à la nature et à l’amour de l’écriture. Partager mon bonheur avec les lecteurs macédoniens s’est imposé et voilà, je suis retournée vers ma langue maternelle, en espérant n’avoir pas trahi l’incandescence des « copeaux,  bribes,  brindilles » de l’auteur.

« Un rien fait lever l’immense en moi. Un rien. La beauté d’un visage. Une fleur sur le bord d’un chemin, une silhouette, la nuit derrière un rideau. Un veilleur, quelque part dans le monde, inconnu. L’attente, la sourde, l’amère attente. Celle qui abolit la frontière entre la vie et la non-vie. Celle qui vous crève les poumons, vous arrache les yeux. L’attente : cette diablesse, cette sorcière, cette douce compagne. »

JOEL VERNET, POETOT KOJ SAKA SVETOT DA GO PRETVORI VO PESNA

Жоел Верне, поетот кој сака светот да го претвори во песна.

   

Joél VERNET

Za francuskiot pisatel Joël Vernet (Žoel Verne) može da se reče deka e večno mlad poet. Propatuval niz site kontinenti no sekogaš se vrakal vo svoeto rodno selo vo Haute-Loire (Francija). Za negovata biografija malku se znae, osven deka e roden 1954 godina vo edno malo planinsko selo, i koga go prašale « što raboti » toj odgovoril « što e možno pomalku ». Joël Vernet postojano go « bara likot na bitnoto koe nema lik ». Toj e poet, i samo poet, čija cel e da go pretvori svetot vo pesna.

Baranjeto na vistinata vo zborovite, ušte i sekogaš, nejzinata sinhronizacija so dlabokata vreva koja eči vo i nadvor od nego, toa e životnata cel na Joël Vernet, koj odvreme navreme se somneva (« žicata na pisuvanjeto ponekogaš se kine vo mene i visi kako padnata pajačina ») no sekogaš najduva spas so pomoš na tvrdoglaviot moliv, duri i togaš koga mastiloto zamrznuva poradi studot vo negovoto suštinsko rodno mesto (« Životot e često stapica kojašto zanesot ja olabavuva, olabavuva, olabavuva »).

Avtor e na pedesetina knigi, patni beleški i zbirki pesni. Negovata poetska proza sodrži « strugotini », « troški », « grančinja » od negovoto viduvanje i čuvstvuvanje na svetot, prirodata, ljubovta posebno kon pišuvanjeto.

« Želbata da pišuvam im ja dolžam – osven na site pominati teškotii – na vilinskite konjčinja od moeto detstvo, koga go čuvav dobitokot, koi tancuvaa pred moite oči vo nivnite šareni fustani, nad potocite, sletuvajki na bregot, taka lesni, taka lesni, taka kršlivi, pretvorajki go ova obično mesto vo vistinski raj. Nivnata iskrenost me voshituvaše i toa volšebstvo nikogaš ne me napušti ». (izvadok od « Beleški od bavniot pat »)

Nekolku naslovi :

Onaa koja nema zborovi (Celle qui n’a pas les mots, Ed. Lettres vives, 2009)

izbor na makedonski 1

Glasini na tišinata (Rumeur du silence, Ed. Fata Morgana, 2012)

izbor na makedonski 2

Zboguvanjeto e znak (L’adieu est un signe, Ed. Fata Morgana, 2015)

izbor na makedonski 3

Beleški od bavniot pat (Carnets du lent chemin , Ed. La rumeur libre, 2019)

(izbor  vo podgotovka)

Zaboravot e damka na neboto (L’oubli est une tache dans le ciel (Ed. Fata Morgana,

2020)    izbor na makedonski 4

 

 

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LA PORTE ÉTROITE, roman de Olivera Nikolova (Tesna vrata, éd. Misla, Skopje, 1983)

UN PAVE DANS LA MARE !

LA PORTE ÉTROITE est le premier roman de Olivera Nikolova, publié en 1983 par Misla, un éditeur macédonien de grande réputation, disparu depuis. Le livre sera unanimement salué par la critique et obtiendra le Prix Stale Popov , décerné par l’Association des écrivains de Macédoine. Le sujet n’est pourtant pas facile car tabou à l’époque : le rapport entre la religion et l’athéisme. Cela suscitera quelques remous, car l’auteure ose, en se basant sur des documents, soulever aussi la question des sectes et surtout comparer le communisme à une religion.

Petra commence à déranger. Elle observe les gens d’Eglise, et découvre soudain la complicité hypocrite entre l’Eglise et l’Etat, leur « tolérance » réciproque. Elle découvre la rivalité entre l’Eglise et les sectes. Au début, tous se méfient d’elle, puis chacun la voudrait pour soi. Pendant son hospitalisation, les Méthodistes font le ménage de son appartement, les adeptes de l’Eucharistie lui font ses courses et le jour de sa sortie de la clinique, les Témoins de Jéhovah l’accompagnent en taxi chez elle. Ils sont tous plus aimables les uns que les autres. Et pendant ce temps-là, les camarades communistes s’interrogent à propos de Petra. Pourtant, combien de fois avait-elle tenté de leur expliquer que les choses étaient plus compliquées qu’ils ne le pensaient. Plus Petra comprenait les autres, moins ils la comprenaient, elle. Plus elle s’approchait de la vérité et plus elle recherchait la justice, plus les autres se détournaient d’elle. A la fin, Petra disparaît. Ceci arrange tout le monde: l’Eglise, les sectes et ses camarades communistes.

« Petra avait tout ce qu’un géant peut avoir. Des bras, les jambes, un nez, des yeux avec des prunelles, de la bile, des ovules, un nombril… Que cherche-t-on de plus ? La seule différence était que, chez elle, toutes ces richesses se trouvaient dans un plus petit espace, se bousculaient l’une contre l’autre avec impatience et tension, chaque cellule vagissait pour avoir droit à la parole, à l’expression. Il y avait chez elle plus de maladies aussi que chez les autres personnes de son âge. Il semblait qu’elles aussi rivalisaient pour la conquête de ce petit espace humain. Il n’est pas remarquable qu’une plante pousse dans une grande plaine. Mais voir pousser sur un même centimètre carré : le souci et le pissenlit, le rumex et l’ortie, voilà qui nous remplit d’admiration. C’est ainsi que je comprenais Petra, et c’est ainsi que je la voyais. »

lire la suite : extrait de La porte étroite    

Olivera Nikolova est une géante de la littérature macédonienne, bizarrement encore inconnue en France. Elle est considérée  comme « mère littéraire » de toute une génération de romancières macédoniennes. Née en 1936 à Skopje (Macédoine), elle est diplômée de la Faculté de philosophie de Skopje et a travaillé comme dramaturge à la Radio-Télévision nationale.

Olivera Nikolova a obtenu tous les grands prix littéraires dans son pays.

Son premier livre Zoki-Poki (1963), est considéré comme une innovation dans la littérature macédonienne pour la jeunesse. Olivera Nikolova y apporte une nouvelle langue, naturelle et pleine d’humour. Ce livre sera traduit en neuf langues : serbe, roumain, ukrainien, tchèque, italien, slovène, turc, albanais et allemand.

Suivront dix-huit livres pour enfants (romans, pièces radiophoniques) dont Le pays où l’on n’arrive jamais, Les amis de Bon et Bona et Mon son,  qui obtiendront à la fois le prix de la Radio-Télévision Skopje et celui des Soirées poétiques de Struga[1].

En 1983, pour son œuvre destinée à la jeunesse, Olivera Nikolova recevra le Grand prix yougoslave Zmaj.

Un jour de vacances, recueil de nouvelles (1964), est son premier texte pour adulte qui confirme le talent de la jeune écrivaine qui, comme le souligne le critique Georgi Stardelov, a tant de choses à dire et qui, pour parler de la femme, puise son inspiration dans la vie réelle et son expérience personnelle.

Son premier roman La porte étroite (1983, Тесна врата) sera unanimement salué par la critique et obtiendra le Prix Stale Popov en 1983, décerné par l’Association des écrivains de MacédoineElle y traite, en se basant sur des documents, un sujet tabou pour l’époque : le rapport entre la religion et l’athéisme. Cela suscitera quelques remous, car elle ose soulever aussi la question des sectes et surtout elle compare le communisme à une religion.

Pour le roman La thrombose (1998,Тромбот ), elle obtiendra le Prix de l’Association des écrivains de Macédoine. Il y est question d’une existence destructive qui comme une boule de neige n’en finit pas de grossir se transformant en avalanche. Une fois de plus c’est la société macédonienne qui est l’objet de son observation minutieuse où chacun des personnages fait tourner la roue de la mort sans être conscient qu’il en sera aussi la victime.

En 2000, Olivera Nikolova publie le roman La côte d’Adam (Адамово ребро)pour lequel elle obtiendra le prestigieux Prix Racin pour le meilleur roman de l’année. Elle y traite la question de l’émancipation de la femme et plus particulièrement son attitude envers l’amour. A travers l’existence de deux femmes, l’une du début du 20ème siècle et l’autre de la fin du même siècle, Olivera Nikolova décrit la métamorphose du sentiment amoureux qui va du besoin d’aimer et d’être aimé, de la dépendance biologique entre deux personnes, jusqu’au allusion, invention ou l’auto torture.  « Personne dans notre littérature n’a écrit des pages aussi rudes que tendres sur le cœur de la femme », notera le critique Atanas Vangelov

Le roman Les poupées de Rosica (2004,Кукличките на Росица), remportera le Prix du meilleur roman de l’année, décerné par le quotidien Utrinski Vesnik. En se basant sur une riche documentation de la fin du 19ème siècle, Olivera Nikolova raconte la situation de la Macédoine à travers la vision d’une jeune fille muette, Rosica qui, originaire de Prilep, va travailler comme servante à Sofia et se retrouvera dans le milieu des intellectuels macédoniens qui, dans la Bulgarie tout juste libérée du joug turc, rêvent de libérer leur propre patrie : la Macédoine.

Le ventricule gauche (Лева комора) paraît en 2008. C’est un petit recueil de nouvelles que la critique considère comme une œuvre exceptionnellement mûre, écrite dans un style raffiné et une expression élégante. Il s’agit de fragments de souvenirs voilés de philosophie et sans aucune nostalgie. Olivera Nikolova n’a jamais aussi clairement cristallisé l’existence de la femme, écrit le critique Nikola Galevski qui salue ce texte comme « l’hymne à la féminité ».

Dans La petite maison (2011,Куќичка ) Olivera Nikolova se penche sur la crise existentielle de la femme incapable de se débrouiller dans sa propre vie comme dans celle d’une société en transition, bouillonnante et dévastée. Roman d’amour mais aussi roman social avec des éléments d’un triller. Nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours (2015,) est un recueil de nouvelles sur les femmes meurtrières. Les personnages principaux sont authentiques, ainsi que leurs actes. Certaines de leurs données biographiques de base sont empruntées au Dictionnaire des assassins de René Réouven. Le reste est le fruit de l’imagination de l’auteur. Prix Stale Popov 

Le roman Le chien au regard triste (2019, Песот со тажен поглед) est basé sur des événements historiques, mêlant délicatement la fiction littéraire avec des faits. Inspirée par My Balkan Log de James Johnston Abraham, publié en 1922, un mémoire d’un médecin qui est resté à Skopje pendant la Première Guerre mondiale. Prix du roman de l’année 2019.

[1] Manifestation internationale de poésie.

   Page manuscrite du roman Le ventricule gauche

Livres pour la jeunesse :

 Zoki-Poki, Skopje, Kultura, 1963 ;

Le pays où l’on n’arrive jamaisSkopje, Detska Radost, 1965 ; Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Les amis Bon et Bona (1975, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Mon son, 1978, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga, Prix « Mlado pokolenje ».

Romans et nouvelles :

Un jour de vacancesnouvelles, Skopje, Kultura, 1964 ;

La porte secrète, roman, Skopje, Misla, 1983 ; Prix Stale Popov

La thrombose, roman, Skopje, Kultura, 1997 ; Prix de L’Association des écrivains de Macédoine

La pomme d’argent, textes de théâtre, Skopje, Matica Makedonska, 1998 ;

La côte d’Adam, roman, Skopje, Matica Makedonska, 2000 ; Prix Racin

Exercices pour Ibn Pajko, roman, Skopje, TRI, 2001 ;

Les poupées de Rosica, roman, Skopje, Kultura, 2003 ; Prix Roman de l’année

Le ventricule gauche, nouvelles, Skopje, Templum, 2008

La fumée blancheroman, Skopje, Ili-Ili, 2009

La petite maison, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2011, nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours, nouvelles, Skopje, Matica Makedonska, 2015, Prix Stale Popov ;

Le chien au regard triste, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2019, Prix Roman de l’année.

  

     

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LE CHIEN AU REGARD TRISTE, roman de Olivera Nikolova (Pesot so tažen pogled, éd. Matica Makedonska, Skopje 2019 )

PRIX DU MEILLEUR ROMAN DE L’ANNÉE 2019 EN MACÉDOINE !

UNE ECRITURE PUISSANTE ET AUTHENTIQUE !

UN SENS DU DÉTAIL ADMIRABLE !

ET QUEL RAFFINEMENT STYLISTIQUE ET LINGUISTIQUE !

   

« Le chien au regard triste est parfaitement fidèle au modèle de romans de Olivera Nikolova basé sur la «préparation», la recherche, l’introduction d’une feuille de papier soi-disant ordinaire dans les faits qui, intrinsèquement, s’ouvre comme une ville littéraire fictive, tels les livres d’images dont les pages se transforment en châteaux ou autres miracles en trois dimensions. Le chien au regard triste est exactement ce genre de ville fictive émergeant de la feuille de papier mise à l’intérieur de «My Balcan Log» de J.Johnston Abraham. Nikolova n’essaie pas de cacher ce livre de souvenirs, au contraire, elle commence son roman avec lui, exprimant sa gratitude à son auteur et ne nommant son roman que comme un écho de ses souvenirs. »  (Olivera Korveziroska)

Nous marchions à travers la tempête blanche qui nous ensevelissait – moi derrière elle, à demi aveuglé par la neige et aussi par une soudaine émotion. Mon cœur battait fort dans ma poitrine – la joie l’emportant sur la peur, et juste au moment de me l’avouer, nous nous sommes arrêtés devant une porte et docteur Ira, posant sa main sur la poignée, se tourna vers moi.

            « Nous entrons «, dit-elle. « Ne pose pas de problèmes, Al ! Tu vas dormir dans ma chambre et c’est tout ! »

            C’est alors que survint ce que je n’avais pas prévu.

lire la suite:

extraits Le chien au regard triste doc    

 

Olivera NIKOLOVA 

Olivera Nikolova est une géante de la littérature macédonienne, bizarrement encore inconnue en France. Elle est considérée  comme « mère littéraire » de toute une génération de romancières macédoniennes. Née en 1936 à Skopje (Macédoine), elle est diplômée de la Faculté de philosophie de Skopje et a travaillé comme dramaturge à la Radio-Télévision nationale.

Olivera Nikolova a obtenu tous les grands prix littéraires dans son pays.

Son premier livre Zoki-Poki (1963), est considéré comme une innovation dans la littérature macédonienne pour la jeunesse. Olivera Nikolova y apporte une nouvelle langue, naturelle et pleine d’humour. Ce livre sera traduit en neuf langues : serbe, roumain, ukrainien, tchèque, italien, slovène, turc, albanais et allemand.

Suivront dix-huit livres pour enfants (romans, pièces radiophoniques) dont Le pays où l’on n’arrive jamais, Les amis de Bon et Bona et Mon son,  qui obtiendront à la fois le prix de la Radio-Télévision Skopje et celui des Soirées poétiques de Struga[1].

En 1983, pour son œuvre destinée à la jeunesse, Olivera Nikolova recevra le Grand prix yougoslave Zmaj.

Un jour de vacances, recueil de nouvelles (1964), est son premier texte pour adulte qui confirme le talent de la jeune écrivaine qui, comme le souligne le critique Georgi Stardelov, a tant de choses à dire et qui, pour parler de la femme, puise son inspiration dans la vie réelle et son expérience personnelle.

Son premier roman La porte étroite (1983, Тесна врата) sera unanimement salué par la critique et obtiendra le Prix Stale Popov en 1983, décerné par l’Association des écrivains de Macédoine. Elle y traite, en se basant sur des documents, un sujet tabou pour l’époque : le rapport entre la religion et l’athéisme. Cela suscitera quelques remous, car elle ose soulever aussi la question des sectes et surtout elle compare le communisme à une religion.

Pour le roman La thrombose (1998,Тромбот ), elle obtiendra le Prix de l’Association des écrivains de Macédoine. Il y est question d’une existence destructive qui comme une boule de neige n’en finit pas de grossir se transformant en avalanche. Une fois de plus c’est la société macédonienne qui est l’objet de son observation minutieuse où chacun des personnages fait tourner la roue de la mort sans être conscient qu’il en sera aussi la victime.

En 2000, Olivera Nikolova publie le roman La côte d’Adam (Адамово ребро)pour lequel elle obtiendra le prestigieux Prix Racin pour le meilleur roman de l’année. Elle y traite la question de l’émancipation de la femme et plus particulièrement son attitude envers l’amour. A travers l’existence de deux femmes, l’une du début du 20ème siècle et l’autre de la fin du même siècle, Olivera Nikolova décrit la métamorphose du sentiment amoureux qui va du besoin d’aimer et d’être aimé, de la dépendance biologique entre deux personnes, jusqu’au allusion, invention ou l’auto torture.  « Personne dans notre littérature n’a écrit des pages aussi rudes que tendres sur le cœur de la femme », notera le critique Atanas Vangelov

Le roman Les poupées de Rosica (2004,Кукличките на Росица), remportera le Prix du meilleur roman de l’année, décerné par le quotidien Utrinski Vesnik. En se basant sur une riche documentation de la fin du 19ème siècle, Olivera Nikolova raconte la situation de la Macédoine à travers la vision d’une jeune fille muette, Rosica qui, originaire de Prilep, va travailler comme servante à Sofia et se retrouvera dans le milieu des intellectuels macédoniens qui, dans la Bulgarie tout juste libérée du joug turc, rêvent de libérer leur propre patrie : la Macédoine.

Le ventricule gauche (Лева комора) paraît en 2008. C’est un petit recueil de nouvelles que la critique considère comme une œuvre exceptionnellement mûre, écrite dans un style raffiné et une expression élégante. Il s’agit de fragments de souvenirs voilés de philosophie et sans aucune nostalgie. Olivera Nikolova n’a jamais aussi clairement cristallisé l’existence de la femme, écrit le critique Nikola Galevski qui salue ce texte comme « l’hymne à la féminité ».

Dans La petite maison (2011,Куќичка ) Olivera Nikolova se penche sur la crise existentielle de la femme incapable de se débrouiller dans sa propre vie comme dans celle d’une société en transition, bouillonnante et dévastée. Roman d’amour mais aussi roman social avec des éléments d’un triller. Nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours (2015,) est un recueil de nouvelles sur les femmes meurtrières. Les personnages principaux sont authentiques, ainsi que leurs actes. Certaines de leurs données biographiques de base sont empruntées au Dictionnaire des assassins de René Réouven. Le reste est le fruit de l’imagination de l’auteur. Prix Stale Popov 

Le roman Le chien au regard triste (2019, Песот со тажен поглед) est basé sur des événements historiques, mêlant délicatement la fiction littéraire avec des faits. Inspirée par My Balkan Log de James Johnston Abraham, publié en 1922, un mémoire d’un médecin qui est resté à Skopje pendant la Première Guerre mondiale. Prix du roman de l’année 2019.

[1] Manifestation internationale de poésie.

   Page manuscrite du roman Le ventricule gauche

Livres pour la jeunesse :

 Zoki-Poki, Skopje, Kultura, 1963 ;

Le pays où l’on n’arrive jamais, Skopje, Detska Radost, 1965 ; Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Les amis Bon et Bona (1975, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga

Mon son, 1978, Prix de la Radio-Télévision macédonienne et Prix des Soirées poétiques de Struga, Prix « Mlado pokolenje ».

Romans et nouvelles :

Un jour de vacances, nouvelles, Skopje, Kultura, 1964 ;

La porte secrète, roman, Skopje, Misla, 1983 ; Prix Stale Popov

La thrombose, roman, Skopje, Kultura, 1997 ; Prix de L’Association des écrivains de Macédoine

La pomme d’argent, textes de théâtre, Skopje, Matica Makedonska, 1998 ;

La côte d’Adam, roman, Skopje, Matica Makedonska, 2000 ; Prix Racin

Exercices pour Ibn Pajko, roman, Skopje, TRI, 2001 ;

Les poupées de Rosica, roman, Skopje, Kultura, 2003 ; Prix Roman de l’année

Le ventricule gauche, nouvelles, Skopje, Templum, 2008

La fumée blanche, roman, Skopje, Ili-Ili, 2009

La petite maison, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2011, nominé pour le Prix Balkanika.

La couverture de velours, nouvelles, Skopje, Matica Makedonska, 2015, Prix Stale Popov ;

Le chien au regard triste, roman, Skopje, Matica Makedonska , 2019, Prix Roman de l’année.

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LA PEUR DES BARBARES, roman de Petar Andonovski (Strav od Varvari, éd. Ili Ili, Skopje 2018)

PRIX EUROPEEN DE LITTERATURE 2020

   

La peur des Barbares est un court roman (120 pages). Il s’agit de deux histoires racontées par deux femmes. L’une, Oxana, est Ukrainienne, l’autre, Pénélope est Grecque. Elles vivent sur une île quasi déserte : Gavdos, près de la Crète. Le roman relie deux mondes éloignés : celui de l’après-Tchernobyl et celui d’une communauté insulaire grecque très isolée. Aux voix des deux femmes viennent se mêler celles de deux autres qui sont absentes mais qui ont marqué durablement l’existence d’Oxana et de Pénélope.  S’instaure ainsi un dédoublement du dialogue où se dévoilent le passé, le présent, la réalité et le souvenir de ces deux femmes. Leurs espoirs trahis et leurs désirs non réalisés.

extrait 1

Pénélope :

« Mihali est revenu perturbé à la maison. C’était la première fois que je voyais de la peur sur son visage. Très tôt, ce matin-là, ils s’étaient réunis dans la taverne pour accueillir le médecin. Tandis qu’ils buvaient du raki, le pope lui avait demandé ce qu’il y avait de nouveau de l’autre côté, désignant de la main la mer au large. Le docteur leur avait dit que le mur de Berlin était tombé et que toute l’Europe était dans l’expectative. Ils se sont tus, tous. Aucun d’eux ne comprenait quelle pouvait être la signification d’un mur pour l’Europe. Ici les gens vivent depuis des années oubliés, l’Histoire les a obstinément contournés, la lèpre et la faim aussi, et juste au moment où ils pensaient qu’il en serait ainsi, une fois de plus, Spiro était entré dans la taverne et s’était mis à crier : « Ils sont arrivés ! Les voilà, ils s’approchent du port ! » Et sans demander qui ils étaient, ils se sont tous dirigés vers le port de Karave. C’est alors que, venant du large sous la forme d’une barque, la peur avait commencé à s’approcher d’eux. Trois personnes ont débarqué, deux hommes et une femme. (…) Le pécheur qui les avait transportés leur avait dit qu’ils étaient venus sur l’île pour se soigner. Il leur avait dit aussi qu’ils étaient Russes. »

extrait 2

Oxana ;

Il y avait un nuage blanc au-dessus de la mer qui dissimulait la Crète. J’ai ouvert la fenêtre et j’ai inspiré profondément, l’air sentait le sel. Rien ne calme mon angoisse autant que la mer. Mais ici, enfermée dans la maison, tout ce que je peux faire c’est me souvenir, me souvenir de toi, me souvenir de ces longs hivers en Ukraine, de la neige qui tombait pendant des jours tandis que nous étions assises toutes les deux par terre dans le bureau de ton père et regardions la carte qu’il avait dessinée la veille. Tu voulais devenir cartographe comme lui, dessiner des cartes d’îles inconnues, et moi, tout ce que je voulais c’était voyager. Et alors que nous étions assises ce matin-là, qui me rappelle beaucoup celui-ci, je t’avais dit que si les voyages étaient une quête de soi-même, je voudrais ne jamais me trouver. Et toi tu riais aux éclats, moi aussi je riais. A présent, je ne me souviens même plus quand j’ai ri aussi sincèrement, de toute mon âme.

Te souviens-tu de ma montre avec un bracelet marron, je l’ai toujours, mais le jour où nous sommes arrivés ici, elle s’est arrêtée ; de toute façon ici le temps nous appartient et on n’a pas besoin de le mesurer. Ici, rien n’est comme en l’Ukraine. Je ne reconnais même plus Evguéni. Il est de moins en moins présent. Il a parlé toute la nuit, mais pas avec moi, avec Rousslan, notre ancien collègue à Tchernobyl. Il ne me voit ni quand je me couche près de lui ni quand je me lève. Et quand il est éveillé, il fixe un point, ne remarquant même pas ma présence dans la chambre. Je me demande parfois à quoi cela rime de dormir ensemble.

Le calendrier indiquait que nous étions en hiver, mais dehors tout ressemblait au printemps, j’y ai vu comme un appel à sortir. Je n’ai même pas regardé si Igor était dans la cuisine. Une fois dehors, j’ai vu cette femme devant notre maison qui semblait m’attendre. Je regardais ses yeux couleur de mer où l’on peut se noyer facilement. Nous restions face à face, nous fixant mutuellement. On entendit la voix de la fillette qui l’appelait de chez elle. Elle ne s’arrêtait pas de crier. La femme s’est dirigée vers la maison et y est entrée, sans regarder en arrière. J’ai tourné un certain temps autour de chez nous, je ne savais pas quoi faire. J’ai eu envie de descendre vers la mer mais je craignais de rencontrer Igor. Finalement j’ai décidé d’aller au bout du village. Je suis passée devant une demeure dont je savais qu’elle appartenait au pope, mais, hormis quelques poules qui trottinaient dans la cour, je n’ai vu personne. Juste à côté il y avait une petite église avec son cimetière. Toutes les tombes étaient tournées vers la mer. Derrière l’une d’elles, j’ai aperçu quelqu’un qui m’observait. J’ai songé à l’homme avec le mouton et je me suis dirigée d’un pas pressé vers la sortie. En approchant du portail je me suis retournée encore une fois et j’ai vu une vieille femme. Elle avait de longs cheveux blancs, des sourcils épais et une peau si blanche qu’elle ressemblait à une poupée de porcelaine. A cet instant, un chat noir a bondi vers elle. Il me regardait lui aussi. Elle m’a souri avant de s’éloigner avec le chat. J’apercevais de temps en temps sa queue noire derrière une tombe, tandis que la femme me jetait de temps en temps un coup d’œil en me souriant. Quand elle eut complètement disparu, je me suis dirigée vers la maison, je ne voulais pas qu’Igor se rende compte que j’étais sortie.

Igor n’était pas encore rentré. Je suis montée dans la chambre, Evguéni était assis devant la fenêtre et fixait la mer. Il ne s’est même pas retourné quand je suis entrée. J’ai pris une chaise et je me suis assise près de lui. Ensemble, nous regardions la mer et nous nous taisions. Je voulais lui demander ce qu’il nous arrivait, mais je ne le pouvais pas, et lui, comme s’il avait compris, a dit, sans me regarder : « Qui sait si nous n’avons pas fait une erreur en venant ici », puis il s’est levé et est allé se recoucher sur le lit. Je suis restée à regarder la mer, et lui le point qu’il fixe en permanence. Lorsque le silence m’est devenu insupportable, je suis descendue pour attendre Igor. La nuit tombait et la pluie s’annonçait. Te souviens-tu quand ton père nous avait dit que les îles sont imprévisibles, que la pluie peut arriver subitement et quelques instants plus tard laisser la place au soleil.

Petar Andonovski est née en 1987 à Kumanovo (Macédoine). Il est l’auteur de trois roman et d’un recueil de poème (Espace mental, 2008).  Dès la parution de son premier roman Les yeux couleur chaussure (2013), le jeune écrivain connaît le succès, son roman est nominé pour le Prix du roman de l’année, un prix très convoité en Macédoine. Deux ans pus tard,  il reçoit ce grand prix pour son deuxième roman Le corps dans lequel il faudra vivre (2015). Et son troisième roman La peur des Barbares (2018) lui apporte une reconnaissance internationale : Prix européen de littérature 2020 décerné par l’Union européenne.

Petar Andonovski est le quatrième romancier macédonien qui reçoit le Prix européen de littérature. Avant lui, Goce Smilevski (La soeur de Freud), Lidija Dimkovska (Une vie de rechange) et Nenad Joldeski (Chacun avec son lac) ont eu cet honneur.

Avec son éditeur Nenad Stevovic (edition Ili Ili)

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DEUX POEMES POUR GORAN STEFANOVSKI de Risto Lazarov

POEMES POUR GORAN STEFANOVSKI

Noce avec les étoiles
A « La chair sauvage » de Goran Stefanovski

Fin de représentation
Les projecteurs s’éteignent
sur les éclairs de la parole
Là finissent les Balkans
Et peu nous importe le prix
du billet pour l’Europe
Brillent dans la nuit les bateaux sur Danube
Héï, le faucon boit de l’eau du Vardar*
Vin enivrant de joie
dans les cœurs, un havre d’étoiles
Thalia sautille comme un poisson
à la noce macédonienne avec les étoiles
Les projecteurs s’éteignent
sur les éclairs de la parole
fête folle des dieux.

*chanson traditionnelle macédonienne

Avec Goran à la station de bus du quartier « Jané Sandanski »

Au lieu de nous retrouver le soir au buffet du théâtre

Nous nous rencontrons de plus en plus souvent le matin

à la station de bus

du quartier « Jané Sandanski »

(nous ignorons le nombre des Jané ici, mais des Jana il y en a beaucoup).

Si nous étions des footballeurs

nous nous serions dit trois fois « salut »

-Et c’est tout !

Nous, nous commençons l’échange matinal

des rêves frais de la nuit.

Nous croisons dans L’Histoire de l’Est sauvage*

(chair sauvage*, est sauvage, cochons sauvages,

-vie devenue sauvage :

femmes nues hystériques

succulentes comme des pêches;

machines à moudre les désirs ;

marzipan de la moelle osseuse

vendu en sachet au kiosque du coin

avec une dose obligatoire de thé indien ;

ourse et lion attelés au même joug

galop de cerfs en automne précoce ;

mots éparpillés sur le trottoir

(les nôtres, d’anglais, d’arabe, de toutes sortes).

Sous le lampadaire cassé de la rue

nous nous sommes créé une île

pour un temps futur

(ou : un trou noir*, peut-être ?).

Bonjour les joggeurs, bonjour les ouvriers !

Il est clair comme deux plus deux

que le vin rouge de Tikves

ne coule pas de nos chauffe-eaux électriques

et même si c’était le cas : demain il faudra nous brosser

longtemps les dents avant d’aller au travail !

Des visages fatigués nous regardent aux fenêtres des bus.

Nous ne remarquons même pas

que nous avons manqué encore un bus pour le buffet du théâtre.

………………

  • Textes de Goran Stefanovski

Risto Lazarov  (né en 1949 à Stip, Macédoine ) est poète, essayiste, critique, journaliste, traducteur et éditeur. Il est l’auteur d’une trentaine de recueils de poésie, du premier Oiseau nocturne dans le parc (1972) au  Poèmes du lac (2020).

Ses poèmes sont traduits en anglais, en allemand, en russe, en serbe, en bulgare, en albanais, en slovène, en tchèque, en turc… Il a reçu de nombreux Prix dont celui des Soirées poétiques de Struga et et, en 2019, « La plume de Kocic » et « Le livre de Kocic ».

Il a traduit en macédonien Ceslav Milosh,  Carl Sandburg, Charles Simic, Abdulah Sidran, Goran Babic…

Risto Lazarov est membre de l’Association des écrivains de Macédoine. Il était Président du PEN club macédonien du 2006 au 2014.

  

 

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LA TOILE D’ARAIGNÉE, roman de Vidosav Stevanovic (PAUCINA, Zvanicni list, 2019)

UNE OEUVRE QUI VA MARQUER DURABLEMENT LA LITTÉRATURE SERBE

Le livre de Vidosav Stevanovic… nous arrive avec la violence d’un coup de poing…

Quand le feu sera éteint on pourra s’approcher du lieu de l’incendie, les agresseurs survivants y trouveront quatre squelettes. Ils les mettront dans un sac et les apporteront à leur commanditaire pour se justifier du travail inaccompli. Et Chéhid, attiré par l’odeur douce et irrésistible du brûlé, y jettera un coup d’œil. Reste-t-il quelque chose de la belle endormie ?

Même si je n’étais plus qu’un os cramé, d’un bond je m’enfoncerais dans son œil, tournoierais dans sa tête et ressortirais par sa nuque. D’où je m’envolerais sous la forme d’un papillon ensanglanté et la poudre rouge de mes ailes enflammera la terre et le ciel. 

Il y a quelques années Vidosav Stevanovic a écrit ISKRA, un roman où il raconte le destin d’une jeune femme de Bosnie que des paramilitaires ont enlevée, puis enfermée dans un moulin abandonné et violée. Alors qu’elle hésite entre se suicider ou fuir, Iskra constate qu’elle est enceinte et elle décide de vivre. Un paramilitaire l’aide à s’enfuir de sa geôle et, pendant des mois, elle va rester cachée dans une grotte de la montagne jusqu’à son accouchement. Puis elle descendra, son enfant dans les bras, vers les villages de l’autre côté de la montagne.

Son effroyable aventure se poursuit dans des bourgades conquises tour à tour par différentes armées

Elle finira par en réchapper et, avec deux enfants (le sien et un qu’elle a recueilli) et un jeune homme qui a perdu la mémoire, elle retourne dans son village détruit où ils attendront tous les quatre la fin de la guerre.

Extrait d’Iskra : https://mariabejanovska.files.wordpress.com/2013/05/extrait-iskra.pdf

LA TOILE D’ARAIGNEE est la suite d’ISKRA. D’une plume magistrale, Vidosav Stevanovic s’attaque à un sujet tabou : le destin des femmes violées et devenues mères pendant la guerre et aussi, dans ce dernier texte, après la guerre. Les géniteurs de ces enfants appartenaient à l’armée de criminels de guerre. Aujourd’hui ils ne portent plus l’uniforme, mènent une vie de bons pères de famille, s’occupent de leurs affaires, vont à l’église et ne feraient pas de mal à une mouche … et d’autres, comme Pauk/L’Araignée dans le roman, restent cachés, muets…attendant leur heure au centre de leur toile.

Extrait de La toile d’araignée :

Les morts sont les garants, les souffleurs et les prophètes. Seuls témoins et ultimes interlocuteurs.

C’est bien, c’est vraiment bien que je ne sois pas obligé d’inventer. Les événements qu’Iskra me raconte –peu importe qu’elle le fasse vraiment ou que je me parle à moi-même – se déroulent dans un ordre naturel, je ne suis pas obligé d’inventer des intrigues dramatiques, des conflits prémédités, des personnages excentriques et une histoire qui s’emmêle pour se démêler.

Enfin, l’histoire est presque toujours plus intelligente que le narrateur.

Mon ancien métier, que je ne pratique plus parce que je ne le peux pas et aussi parce qu’ici il ne se passe pratiquement rien, m’a appris à noter, nullement à inventer ou à copier ce qui est inventé. C’est le plus sûr et le plus honnête. Les interprétations, remaniements et explications appartiennent aux domaines de l’essai et de la propagande, ce que, entre autres, j’ai fui sans retour.

Car dans ces paroles éparses, dissolues et frustes qu’on échange sans raison et sans aucun sens se dissimulent les graines d’une nouvelle guerre.

Elles y sont en réserve, et germeront le moment venu

Vidosav Stevanovic est né en 1942 près de Kragujevac en Serbie. Il est l’auteur d’une quarantaine d’œuvres : romans, pièces de théâtre, récits, ainsi que de nombreux essais et critiques littéraires. Il a obtenu les plus grands prix littéraires yougoslaves. Il a dirigé de grandes maisons d’édition à Belgrade, mais ses prises de position antinationalistes et son opposition au régime de Milosevic lui ont interdit toute activité autre que l’écriture et l’ont contraint finalement à s’expatrier. Après un long séjour en France, où il a obtenu la nationalité française et la distinction Chevalier des Arts et des Lettres, Vidosav Stevanovic est retourné dans son pays natal.

Extraits-des- critiques- sur- V.Stevanovic

ouvrages traduits-en-francais  

   

Vidosav Stevanovic avec Mirko Kovac et Ivan Djuric

Avec sa femme Marija à Paris (1993)

 

Club Vidosav, un haut-lieu de la littérature

à Botunje, près de Kragujevac (Serbie)

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PREMIÈRE EDITION ILLUSTRÉE DU DICTIONNAIRE KHAZAR DE MILORAD PAVIC EN SERBE (avril 2020)

PREMIÈRE EDITION ILLUSTRÉE DU DICTIONNAIRE KHAZAR DE MILORAD PAVIC EN SERBE

Dessins de Jasen Panov. Editeurs : Kosmos de Belgrade et Nova knjiga de Podgorica.

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« Ibn Akchani avait jeté une feuille de laurier dans un baquet d’eau et y avait plongé la tête pour laver sa natte. Il était resté ainsi quelques instants. Quant il releva la tête pour respirer, autour de lui il ne restait plus rien de Constantinople…il se trouvait au Kingston un hôtel de première catégorie à Istanbul, en 1982, il avait une femme, un enfant et un passeport  belge… et devant lui, au fond du lavabo… nageait encore une feuille de laurier. »

Le Matricule des Anges (oct.2015) 2

Le mot de la traductrice : Lorsque je traduisais Le Dictionnaire Khazar, c’était en 1988, il m’arrivait de me retourner dans la rue pour vérifier qu’un des chasseurs de rêves, échappé du livre, ne m’avait pas à mon tour pris en chasse. C’est un livre magique et envoûtant. Tout comme les Khazars, ce peuple mystérieux qui vécut à l’embouchure de la Volga sur la mer Caspienne. Leur royaume fut anéanti par les Russes vers l’an 965 de notre ère. Et on n’a retrouvé jusqu’à ce jour aucun vestige matériel de ce peuple : ni bâtiment, ni inscription. Mais les Khazars sont passés à la postérité par un événement extraordinaire : le renoncement collectif à leur antique religion et leur conversion à une des trois grandes religions du Livre. La légende rapporte que le roi des Khazars mit les trois croyances en compétition dans une audience ouverte à leurs représentants respectifs : un rabbin, un moine et un derviche. Mais la légende ne dit pas qui l’a emporté. Ce qui est certain, c’est que le peuple khazar disparut de l’Histoire peu après sa conversion. Ce mystère hante les archéologues et les numismates qui prospectent la région de l’embouchure de la Volga. La chasse aux Khazars remplit les rêves des historiens de la période. Milorad Pavic, l’auteur génial du Dictionnaire Khazar, pense qu’un rêve du roi des Khazars est d’ailleurs à l’origine de cette tragédie. Un rêve dans lequel un ange lui serait apparu pour lui dire :  » Tes intentions plaisent au Seigneur mais pas tes actes !  » Les Khazars ne seraient-ils pas un peu nos frères ?   (Maria Béjanovska)

      

 

Voir toutes les couvertures du Dictionnaire Khazar traduit en 40 langues :

https://www.khazars.com/foto-galerija-2/foto-galerija-naslovne-strane

 

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L’EXEMPLAIRE UNIQUE, roman de Milorad Pavic (Unikat, éditions Dereta, Belgrade, 2006)

L’auteur du „Dictionnaire khazar“ a une fois de plus inventé pour vous un jeu littéraire inédit : un roman-delta ! Il s’agit d’un roman d’amour avec pour fil conducteur une histoire policière qui se divise en cent bras et vous mène vers cent solutions différentes. Chaque lecteur choisit sa propre version du roman et sa propre fin de l’histoire. Vous aurez l’EXEMPLAIRE UNIQUE !

Publication prévue : fin 2020

avec l’aide du Centre national du Livre

Editions Les Monts Metallifères

Exemplaire unique en anglais couv.  

      

extraits L’Exemplaire unique

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DYSSOMNIES, roman de Igor Stanojoski (Dissomnii, Editions Antolog, Skopje, 2018)

PRIX DU MEILLEUR ROMAN DE L’ANNÉE (2018), décerné par l’Association des écrivains de Macédoine.

extraits Dyssomnies I.Stanojoski

Les personnages principaux de ce roman dont le sujet est très actuel sont un écrivain trentenaire et sa fiancée, journaliste à succès, qui vivent en Ukraine. Leur couple est en crise et leur désaccord à propos de la Révolution de Maïdan ne facilite pas les choses. A la recherche de paix et d’inspiration, l’écrivain quitte l’Ukraine et retourne en Macédoine qu’il avait quittée onze ans auparavant après la mort de toute sa famille dans un accident de voiture. Il s’installe dans un village de montagne où vivaient ses grands-parents. Au lieu d’y trouver la tranquillité recherchée, il va être le témoin de faits surnaturels.

Le sujet de Dyssomnies est très complexe. Les événements sont imprévisibles, les retournements nombreux et déroutants et le dénouement se fait attendre jusqu’à la dernière page. L’histoire personnelle et familiale se mêle au drame collectif provoqué par les événements politiques en Ukraine. Roman d’amour, thriller, histoire d’horreur ou roman psychologique ? Dyssomnies est tout cela à la fois.

  

Igor Stanojoski est né à Copenhague (1979), mais il a passé la plus grande partie de sa vie en Macédoine. Il a fait ses études à la Faculté de philologie de Skopje, dans le domaine de la langue macédonienne et Littérature générale et comparée. De 2003 à 2010 il a travaillé à l’Université de Silésie à Katowice (Pologne) et  à l’Université Masaryk de Brno (République tchèque). En 2009, il a obtenu le diplôme de doctorat à l’Université de Silésie. Il est l’auteur de quatre livres sur la linguistique. Il vit et travaille actuellement à Skopje (Macédoine). Dyssomnies est son troisième roman.

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LE DÉMON DE DEBARMAALO, pièce de Goran Stefanovski au THÉÂTRE DE L’OPPRIME à PARIS (2012)

 

› Le Démon de Debarmaalo
de Goran Stefanovski, traduit du macédonien par Maria Béjanovska (éditions l’Espace d’un instant), lauréate avril 2010.
mise en scène Dominique Dolmieu
du 7 au 25 mars 2012 (du mercredi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17h)
Théâtre de l’Opprimé  
78/80 rue du Charolais – 75012 Paris
www.theatredelopprime.com
Réservations : 01 43 40 44 44

avec Renaud Baillet, Fabrice Clément, Michel Fouquet, Nouche Jouglet-Marcus, Franck Lacroix, Aurélie Morel, Barnabé Perrotey, Nathalie Pivain & Christophe Sigognault
Assistante Céline Barcq / Scénographie Arben Selimi / Lumières Tanguy Gauchet / Réalisation sonore Francesco Russo / Décors & costumes Anne Deschaintres / Production Maison d’Europe et d‘Orient

Dans une écriture résolument contemporaine, Le Démon de Debarmaalo du macédonien Goran Stefanovski reprend l’histoire du diabolique barbier de Fleet Street. Ce Démon façon kebab nous raconte 20 ans de transition en Europe de l’Est, depuis le cataclysme de 1989, et nous parle de cannibalisme, de purification et de rédemption, de monstre, de territoire et de justice…  L’occasion pour le Théâtre national de Syldavie de prolonger sa saga balkanique. Un spectacle percutant et intensif, une farce grotesque aux accents de comédie noire et de mélodrame post-industriel.

PRESSE

https://www.regarts.org/Theatre/le-demon-de-debarmaalo.htm

http://www.gareautheatre.com/spectacle.php?id=943

https://sceneweb.fr/le-demon-de-debarmaalo-de-goran-stefanovski/

https://www.regarts.org/Theatre/le-demon-de-debarmaalo.htm

http://www.encres-vagabondes.com/strapontin/strapontin16.htm

https://www.courrierdesbalkans.fr/le-demon-de-debarmaalo

https://www.froggydelight.com/article-11649-Le_demon_de_Debarmaalo.html

http://www.theatrotheque.com/web/article2789.html

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/39230

http://aniawinkler.com/works2.html

https://cafebabel.com/fr/article/theatre-sympathy-for-the-devil-5ae0080bf723b35a145e2e74/

http://goranstefanovski.co.uk/bachannalia/

http://www.lebilletdesauteursdetheatre.com/fr/Sortir-27-174.html

goran à paris

Fables du monde sauvage de l’Est : Rencontre avec l’auteur Goran Stefanovski

Médiathèque Hélène Berr, Paris

https://www.billetreduc.com/66730/evt.htm

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HOMMAGE A GORAN STEFANOVSKI (1952-2018)

HOMMAGE A GORAN STEFANOVSKI

le 29 mars 2019 à 20 h

Le 100 ECS (100, rue de Charanton, 75012 Paris)

Théâtre national de Syldavie présente

La Chair sauvage
de Goran Stefanovski
traduit du macédonien par Maria Béjanovska
direction Dominique Dolmieu
avec Patrick Alaguératéguy, Fabrice Clément, Nouche Jouglet-Marcus, Franck Lacroix, Tristan Le Doze, Guillaume Morel, Barnabé Perrotey, Nathalie Pivain, Salomé Richez, Christophe Sigognault et Federico Uguccioni
production Théâtre national de Syldavie

 

 

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PAYS DES RÉFUGIÉS, roman de Kica Kolbe (Zemja na begalci, éd. Ili-Ili, Skopje, 2018)

« Elle a compris alors qu’elle faisait partie de quelque chose de bien plus ancien. Et de plus vaste. Plus ancien que tous les foyers, prés et champs. Que toutes les terres que ses ancêtres ont perdues… Le pays des réfugiés est au-delà de toutes les frontières, au-dessus de toutes les nations, de tous les peuples. Ce pays est sa seule patrie. » 

Pays des réfugiés (2018) est le quatrième roman de Kica Kolbe. La narratrice est une petite fille, Frossé, qui raconte l’exode de sa famille en Macédoine pendant la guerre civile en Grèce (1945-1948). L’accent est mis sur le traumatisme psychologique provoqué par la guerre et la perte du pays natal, sur les sentiments, les peurs mais aussi les espoirs. Ce traumatisme que subissent également et pendant très longtemps les générations suivantes. Un sujet aussi vieux que l’histoire de la guerre mais jamais aussi actuel que de nos jours.

extrait pays des réfugiés Kica Kolbe

  

Kica KOLBE est écrivaine, essayiste, traductrice et artiste peintre. Elle est née en 1951 en Macédoine dans une famille de réfugiés du nord de la Grèce. Elle a fait ses études de philosophie, d’histoire de l’art et de théorie de la littérature à l’Université de Belgrade (Serbie) et celle de Skopje où elle a obtenu un doctorat avec le sujet « L’esthétique dans la philosophie allemande du dix-huitième siècle ». Pendant une dizaine d’années elle a enseigné l’esthétique à la Faculté de philosophie de Skopje. Elle est membre de l’Association des écrivains de Macédoine et de la Société Macédonienne de Philosophie.

Depuis une trentaine d’années elle vit en Allemagne où elle se consacre à la littérature et à la peinture. Elle écrit en macédonien et en allemand.

Kica Kolbe  a écrit quatre romans :

Les Egéens (1999) qui traite du sujet de l’exode des Macédoniens pendant la Guerre civile (1945-1948) en Grèce, de leur déracinement et l’impossibilité de retrouver leur pays natal.

 

           La neige à Casablanca (2007) est un roman sur un pays que l’on veut fuir. Ana, le personnage principal, mène depuis une dizaine d’années une vie de nomade grâce aux bourses des fondations européennes, mais elle fuit sans cesse quelque chose. Les Balkans ? La Macédoine ? Elle-même ? Alors elle décide d’écrire une biographie virtuelle dans laquelle la Macédoine se transforme en Casablanca – une patrie au bout du monde. Cependant la vérité est moins virtuelle. La Macédoine est ensevelie sous une neige centenaire, qui recouvre la terre et les hommes.

« Casablanca, c’est la Macédoine, un pays que l’on cherche sans cesse à couper et découper. Casablanca c’est nous tous avec nos rêves perdus et nos espoirs », dit Kica Kolbe qui, pour ce roman, a reçu le Prix du meilleur roman de l’année en Macédoine, décerné par le journal Utrinski Vesnik. Ce roman était aussi candidat au Prix international Balkanika.

 

 

 

Les femmes Gavrilov (2008). Dans la famille macédonienne Gavrilov de Bitola, les femmes transmettent de génération en génération le secret du tissage en même temps que le secret de leur vie. C’est un véritable filet de noms, d’époques, d’artistes célèbres et de femmes de talent inconnues sur un fond historique et culturel macédonien et européen. Le roman a été nominé pour le Prix Balkanika. 

  

   Andrew Wachtel, essai sur Les femmes Gavrilov

  Kica Kolbe est également critique d’art et essayiste. Elle a traduit en macédonien des textes de Kant, Klee, Adorno, Heidegger, Schopenhauer, Schelling, Hegel.

En tant que peintre, elle a exposé en Allemagne, en France et en Pologne.

Exposition en Normandie, 1999,.

« Cafard » , Hommage à la Métamorphose de Kafka (exposition » K comme Kafka », 1988, Allemagne)

 

 

 

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UNE SEMAINE DANS LA VIE ET LA MORT DE GROZDAN, roman de Svezdan Georgievski (Edna nedela vo zivotot i smrtta na Grozdan, Ed. Templum, Skopje, 2016)

naslovma Svezdan

Ceci est une histoire sur Grozdan. Plus exactement l’histoire sur cette période de la vie où vous constatez que la tête vous quitte, que la mémoire faiblit, que le corps obéit de moins en moins et que, malgré tout, l’instinct vous pousse à faire le bilan de votre propre existence, à faire un calcul final et à répondre aux questions cruciales : Où étais-je, que faisais-je et pourquoi ? Non, l’objectif de cette histoire n’est pas d’examiner le sens de la vie mais plutôt le sens du fatum, du destin. Parce qu’il n’y a pas de miracle qui arrive par hasard. C’est un produit nécessaire et inévitable de la confusion dans l’espace et dans le temps.

vtoro izdanie couv sVezdan

Dans ce roman composé de 11 histoires un lecteur attentif y reconnaîtra quelque chose du réalisme magique latino-américain, mais il y a aussi du Kafka, du Raymond Carver, un peu de Salinger et du Steinbeck, un peu de l’absurde de Harms et du cubisme de Picasso. Il y a quelque chose aussi des bandes dessinées belges, des photographies de Robert Jaki et de Robert Mardin. Du Stephen King mais aussi de Rumena Buzarovska, Dimitrie Duracovski, Petre M. Andreevski et Santa Argirova.

extrait Vie de Grozdan

photo Svezdan G. 1

 

Svezdan Georgievski, journaliste, écrivain et traducteur macédonien, est né en 1961 à Jesenice, en Slovénie. Il est l’un des fondateurs de Kanal 4, la première radio privée en Macédoine et du Prix de Utrinski Vesnik qui récompense le meilleur roman de l’année ainsi que de la Fondation pour la promotion des valeurs culturelles « Slavko Janevski ».

Une semaine dans la vie et la mort de Grozdan est le premier roman de Svezdan Georgievski. Il a reçu le prix Les nouveaux décerné au meilleur manuscrit de l’année 2016. Publié la même année par les Editions Templum de Skopje, le livre a connu en très peu de temps plusieurs éditions.

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Lorsque j’ai quitté « Karl Liebknecht », histoire courte de Lidija Dimkovska

LIDIJA DIMKOVSKA parmi les cinq lauréats européens de la meilleure histoire courte.

Lorsque j’ai quitté « Karl Liebknecht » (Koga zaminav od « Karl Libknest »)

traduit du macédonien en français par Maria Béjanovska

publié par la Fédération des éditeurs européens (2019)

Lorsque j’ai quitté Karl Liebknecht

    

      

 

Ce texte fait partie du recueil de nouvelles qui porte le même titre , publié en mars 2019 (édition Ili Ili, Skopje) :

couv Lorsque j'ai quitté Karl Libknest  Lidija au salon de Skopje

Lidija Dimkovska au Salon du livre à Skopje (2019)

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MA BOUTIQUE LITTÉRAIRE

Editions numériques MB, 2019

La publication de ces ouvrages sur Ma boutique littéraire, via Amazon, n’est liée à aucune contrainte d’exclusivité et n’est donc pas un obstacle à une publication par un éditeur « classique ». 

 

 

à suivre …

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LA GRANDE EAU, roman de Živko Čingo (titre original: Golemata voda, Skopje 1974)

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Quand j’évoque le titre de ce roman unique de Živko Čingo, La Grande eau, j’ai le cœur qui chavire. C’est à cause de ce texte, ou plutôt grâce à lui, que je suis devenue traductrice littéraire. Je devrais parler de vocation, car à l’époque j’avais déjà un métier passionnant, le journalisme.

Je revenais de reportage en Macédoine et, comme toujours, ma valise était pleine de livres. Connaissant mon intérêt pour la littérature, les écrivains et les éditeurs de mon pays natal n’hésitaient pas à me charger d’une quantité invraisemblable d’ouvrages qui ne manquaient pas de me poser quelques problèmes à la douane. En défaisant ma valise je suis tombée sur un tout petit livre dont la couverture n’avait aucun attrait. D’un vert terne et un peu défraîchie. Le titre cependant m’avait intriguée : La Grande eau. Et le nom de l’auteur, Živko Čingo, ne m’était pas inconnu. Ses récits intitulés Paskvelia avaient provoqué quelques années auparavant l’enthousiasme de la critique en Macédoine mais aussi la méfiance du pouvoir, pour ne pas dire une véritable panique dans les milieux politiques. Et le jeune auteur commençait à sentir le souffre. On le comparait à Isaac Babel par la vivacité du regard qu’il portait sur la période post révolutionnaire et par les couleurs impressionnistes de sa narration.

La grande eau était son premier roman. J’apprendrai plus tard qu’il l’avait écrit en quinze jours, mais « tout était déjà dans ma tête, de la première à la dernière phrase », me dira-t-il lors de son passage à Paris. J’ai lu ce magnifique texte d’un seul trait, envoûtée par ce magicien des mots. Et, je me souviens comme si c’était hier, du passage qui a été pour moi décisif :

 « Chère eau ! Le soleil du soir s’était couché sur les vagues, s’était donné à elles. Imaginez un peu : fil par fil, il se dénoue de la pelote dorée du jour. A cet instant, la Grande eau ressemble à un énorme métier à tisser qui tisse lentement, sans faire de bruit. Par une voie secrète, tu vois, tout cela se transporte sur le rivage. Que je sois maudit, même les arbres et les oiseaux descendus sur leurs branches s’étaient mis à tisser ; des filets dorés, comme ceux des araignées, flottent sur la grève. Des nids étonnants, je le jure. On dirait que la même chose arrive aussi aux hommes qui, saisis d’une émotion bizarre, apparaissent et disparaissent derrière les fenêtres fermées. Que je sois maudit, comme s’ils avaient peur de les ouvrir. Mais leurs regards les trahissent, on voit tout en eux, l’eau est rentrée en eux et les a pris…Tout, tout s’est transformé en un énorme, un étonnant métier à tisser qui tisse sans cesse et sans fatigue. C’est ainsi que le ciel frémissant du sud s’ouvre petit à petit au-dessus de nos têtes. Des milliers, d’innombrables petites veilleuses s’allument sur le firmament du sud. Et vous avez l’impression que l’eau n’attendait que ce moment, vous l’entendez s’élancer bruyamment. Elle est partout à ce moment-là, que je sois maudit, sa voix domine tout, elle règne alentour. Oh, cette vague douce ! Je le jure, c’était la voix de la Grande eau. »

 J’ai commencé à traduire ce texte tout en le lisant. C’était irrésistible. L’idée de le faire publier ne m’effleurait même pas. Un éditeur, après avoir appris par ouïe-dire que je travaillais sur un texte de Čingo, est venu me voir en me disant « je le publie immédiatement ». C’était Vladimir Dimitrijevic. Et La Grande eau est parue quelques mois plus tard, en 1980, aux Editions L’Age d’homme. Trente-cinq ans plus tard, c’est Le Nouvel Attila qui le publie en lui offrant un magnifique écrin conçu par Giovanna Ranaldi.

Illustration La grande eau

Mais toute nouvelle publication a une vie bien courte en France… Si vous n’avez pas eu l’occasion de lire La Grande eau, je vous propose de la trouver dans ma Boutique littéraire.

commander : http://www.amazon.fr/dp/B07P1BZ4DD

Editions numériques MB, 2019

traduit du macédonien par Maria Béjanovska

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_Zivko Chingo[1]

Živko Čingo

Živko Čingo (prononcer: Jivko Tchingo), né en 1935 à Velgochti, en Macédoine, et mort en 1987, s’est consacré — hormis deux romans (Les Neiges argentées – titre français: Skutasko – et La Grande Eau), et des recueils de nouvelles Paskvelia — à l’écriture théâtrale. Comparé à Isaac Babel pour la vivacité du regard qu’il porte sur la période post-révolutionnaire, Čingo offre un témoignage historique de la répression totalitaire.

Le roman La Grande Eau est traduit en anglais, en russe, en serbe et en français, et adapté au cinéma en 2004 par Ivo Trajkov sous le titre anglais The Great Water.

C’est dans la Comédie humaine que Živko Čingo a appris le plan de Paris. Il est fils de plâtrier. Dans sa formation, assure-t-il, le don de conteur de son père, sa culture, ont compté plus que les auteurs russes lus et adorés plus tard. Sa mère lui lisait la Bible ; c’était aussi une bonne école, à laquelle s’ajoutaient les merveilleuses histoires achetées par fascicules chez l’épicier, et dont il découvrit plus tard qu’elles étaient des extraits de grands classiques.
« Je n’écris que si le sujet revient en rêve. »

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INVESTIGATEUR, roman de Dragan Velikić (titre original: ISLEDNIK, éd. Laguna, Belgrade, 2015)

CONTRAT SIGNE : publication prévue en janvier 2021 !

PRIX NIN 2015* POUR LE MEILLEUR ROMAN DE ANNÉE EN SERBIE

traduit en onze langues

Une écriture magistrale ! Un sens parfait du détail !

Un style brillant ! Un rythme diabolique ! Avec un minimum de mots il obtient un effet littéraire maximal. Sa phrase est claire, nette, pleine de sens. Ses descriptions sont précises, les détails caractéristiques créent l’atmosphère et l’humeur des personnages. (« Reconnaître l’essentiel derrière le masque de l’accessoire».) La couleur sépia des vieilles photographies donne de la douceur et un éclat retenu aux
événements d’antan. Souvenirs nostalgiques de l’enfance, de la jeunesse, d’une vie écoulée trop vite. (« Le passé est de plus en plus profond, l’avenir de plus en plus court. »)

L’histoire se déroule de Belgrade à Pula et Rijeka, de Budapest à Salonique.

C’est l’histoire sur le 20-ème siècle, depuis le grand incendie à Salonique en 1917 jusqu’à nos jours. Sur les pays, les villes, les hôtels, les chemins de fer qui n’existent plus. Sur les gens disparus qui ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire du narrateur.

C’est surtout l’histoire d’un fils et de sa mère…

Et sur l’écriture.

extrait:

En partant à la maison de retraite, elle avait laissé derrière elle dans les armoires les cadeaux destinés aux futurs mariages, crémaillères, anniversaires. Car, on achetait des cadeaux au gré des bonnes occasions. Elle s’arrête devant la vitrine où est exposé un service à moitié prix. Elle réfléchit quelques instants, puis prononce le nom de la cousine qui vient d’entrer à l’école. Elle lui destinait le service. Le service sera pour elle. La petite fille ne se doutait même pas qu’elle était propriétaire de la porcelaine dans notre armoire.

C’était un véritable petit trésor que ces cadeaux achetés d’avance. Avec, inscrits sur des étiquettes, les noms de leurs propriétaires dont certains étaient morts depuis longtemps.

On achetait d’avance. On vivait d’avance. Tout était possible car rien n’était laissé au hasard. Le regard soucieux de ma mère planait au-dessus de tout le territoire du quotidien. Rien n’échappait à son contrôle. Rien n’arrivait de manière spontanée. Même l’araignée du coin des toilettes devait son existence à la superstition de ma mère. Tout l’univers de notre appartement vibrait au rythme de sa respiration.

Traduit du serbe par: Maria Béjanovska

Dragan  Velikić est deux fois lauréat du PRIX NIN !

Il est né à Belgrade en 1953. Après des études de Lettres à l’Université de Belgrade, il dirige les Editions de Radio 92. Il a écrit des chroniques pour NIN, Vreme, Danas, Reporter et Status. De 2005 à 2009 il a été Ambassadeur de Serbie à Vienne. Aujourd’hui il vit à Belgrade.

Il écrit des romans, des nouvelles et des essais.

Investigateur est son neuvième roman qui a reçu quatre prix dont celui de NIN 2015. Il a connu un grand succès, plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus. IL est traduit en onze langues dont en allemand, en italien, en grec, en français…

L’ œuvre de Dragan Velikic est couronnée de nombreux prix et traduite en quinze langues.

notice bibliographique  :  mariabejanovska.wordpress.com/2016/01/28/proposition-investigateur-roman-de-dragan-velikic-islednik-ed-laguna-belgrade-2015/

______________________

 * Créé en 1954, le prix NIN est attribué chaque année en janvier par un jury d’écrivains au meilleur roman de l’année précédente. Considéré comme l’une des plus hautes récompenses littéraires en Serbie, il assure la réputation et le succès de l’auteur auquel il a été donné. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_NIN)

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SKUTASKO, roman de Živko Čingo (titre original: Srebrenite snegovi, Skopje, 1966)

Si vous avez aimé La Grande eau vous adorerez Skutasko !

SKUTASKO, roman de Živko Čingo

traduit du macédonien par Maria Béjanovska

Après La Grande eau, voici le deuxième et dernier roman de Živko Čingo en français: Skutasko. Il n’y en aura pas d’autres car ce merveilleux narrateur macédonien est mort beaucoup trop tôt. Il nous a laissé deux recueils de récits dont quelques uns ont été publiés en français dans des revues et le journal Le Monde. J’espère avoir un jour la possibilité de vous les faire connaitre.

Le titre original de ce texte est : Les Neiges argentées. Alors pourquoi Skutasko?  Parce que ce village, perdu dans la montagne dans ces années d’après-guerre, est un véritable trésor de destins humains qu’il ne faut pas oublier. Et comme je suis impatiente de vous les faire connaître, je viens de publier Skutasko sous la forme électronique. Mais si un éditeur décide de publier ce beau texte en livre, je lui céderais volontiers le titre original.

couverture skutasko

sujet

En cette période trouble où les incendies de la guerre fument encore, un jour gris d’automne arrive à SKUTASKO, un village perdu dans la montagne, la jeune institutrice Guenka Ilieska. Son objectif est d’y fonder la première école populaire afin d’ « ouvrir les yeux aux petits enfants aveugles », de semer une nouvelle graine d’instruction.

Les habitants de la vallée, qui vivent encore « à l’ancienne » avec leurs coutumes, préjugés et croyances, mais aussi avec leur haine, leur primitivisme, ignorance et superstition, accueillent froidement l’institutrice qui ne leur inspire pas confiance. Aussi essayent-ils d’empêcher son travail par des moyens vilains et brutaux. Mais Guenka résiste, grâce à l’amour qu’elle porte à son travail et aux enfants, elle tient bon. Sa sincérité et la pureté de son âme, ses yeux toujours brillants et souriants, sa persévérance et son bon cœur feront fondre la glace dans les cœurs des paysans.

extrait

« Tant d’années ont passé depuis ce temps-là, sans exagérer, peut-être mille, cinq mille. J’ai l’impression que c’est aujourd’hui que Guenka est arrivée chez nous à Skutasko. Je revois tout en détail. Je dois cependant dire que cette histoire s’est passée à l’époque où j’étais très simple, simple et ignorant. L’époque, à dire vrai, où j’étais aveugle, où, bien qu’ayant des yeux pour voir, je vivais dans une nuit noire. J’avais huit ou neuf ans et je n’avais pas encore touché à un crayon ou un cahier, je n’y pensais même pas. Mais ce que je vais te raconter maintenant, mon ami, c’est peu, une petite graine, une perle qui a (on ne sait comment) traversé la vaste écume de la vie. Imagine, mais il n’y a pas de quoi pleurer, si seulement j’avais eu un tout petit crayon et un bout de papier ; mais, je te l’ai dit, j’étais aveugle, aveugle et illettré. »

zivko_chingo

L’écrivain macédonien Živko Čingo (prononcer : Jivko Tchingo) est mort en 1987 à l’âge de 52 ans. Il a laissé derrière lui plusieurs recueils de récits, romans et textes dramatiques qui ont été traduits en anglais, serbo-croate, en albanais, en russe, en polonais, en slovène, en allemand, en hongrois et en français. Né dans le village de Velgochti, près du lac d’Ohrid, en Macédoine, Živko Čingo fait des études de lettres à l’université de Skopje. Il publie ses premiers récits en 1957. Son premier recueil Paskvelia, qui provoque l’enthousiasme de la critique mais aussi la méfiance du pouvoir, paraît en 1963. C’est une date dans la littérature macédonienne. On le compare à Isaac Babel par la vivacité du regard qu’il porte sur la période post révolutionnaire et par les couleurs impressionnistes de sa narration. Deux ans plus tard paraît le recueil La famille Ogoulinov puis celui de la Nouvelle Paskvelia, en 1966 le roman Les neiges argentées, en 1970 un autre recueil de récits Incendie, puis en 1971 le roman La Grande Eau. Ce dernier est traduit en plusieurs langues dont en anglais, en russe et en français et adapté au cinéma en 2004 par Ivo Trajkov sous le titre The Great Water. Dorénavant, Živko Čingo se consacre à l’écriture dramatique : Obrazov (1973), Eau-Mur (, adaptation de La grande eau, 1976), avant de publier son dernier recueil de récits En bref (1984). Živko Čingo est lauréat de plusieurs prix littéraires yougoslaves.

« Je n’écris que si le sujet revient en rêve. »

« J’ai plus besoin de la vie que du papier. Mon premier livre, j’ai attendu cinq ans et je l’ai écrit en quatorze jours. Je n’écris que si le sujet auquel je pense revient en rêve. Sinon, il n’a pas de nécessité. La littérature, c’est toujours un défi, toujours un risque. » (Živko Čingo)

C’est dans la Comédie humaine que Živko Čingo a appris le plan de Paris. Il est fils de plâtrier. Dans sa formation, assure-t-il, le don de conteur de son père, sa culture, ont compté plus que les auteurs russes lus et adorés plus tard. Sa mère lui lisait la Bible ; c’était aussi une bonne école, à laquelle s’ajoutaient les merveilleuses histoires achetées par fascicules chez l’épicier, et dont il découvrit plus tard qu’elles étaient des extraits de grands classiques.

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L’AVALANCHE, roman de Boris Visinski (Lavina, Makedonska revija, Skopje)

traduit du macédonien par Maria Béjanovska

couverture : Kole Manev

L’Avalanche est une radiographie d’une conscience individuelle torturée par les souvenirs de la guerre. D’une façon discrète et non imposée, l’auteur y crée le mécanisme délicat du temps dans la conscience de son héros, en faisant bouger les deux aiguilles à la fois : la grande qui désigne le temps historique et la petite qui détermine le temps subjectif. Le temps historique est représenté à travers un processus dense, symbolique et fluorescent, on reconnaît Skopje des années de l’occupation et cela jusqu’à l’inondation de 1962 qui précédera au tremblement de terre dévastateur de l’année suivante.

L’AVALANCHE est publié en italien, roumain, serbe, espagnol, grec, maltais, anglais (longs extraits dans une revue) et en japonais.

Sujet :
Martin, jeune membre de la Résistance, se voit confier une mission importante : protéger et faire soigner un groupe de résistants terré dans une cave de la ville. Lors d’une rafle, Martin est arrêté et, sous la torture, il prononce le nom de son inséparable ami d’enfance, l’incarnation pour lui de la lutte pour la liberté. Cette trahison emportera sa raison dans les méandres de la folie, là où n’existe plus de frontières entre la réalité et l’imaginaire, le passé et le présent, le conscient et l’inconscient, là où pulse une autre vie, une réalité différente dans laquelle l’homme est présent dans toute son individualité.

Extrait : « J’avais l’impression d’être, depuis un temps infini, grand, énorme, anormalement étiré. Ainsi couché, en découvrant mes jambes, mes orteils paraissaient loin de moi, petits, presque invisibles. Souvent, dès que je me levais, j’avais un sentiment de panique craignant, si je ne me baissais pas, de me cogner la tête au plafond et de le percer. Et c’est ainsi que, penchant mon buste par la fenêtre, j’eus toutes les peines à revenir en arrière.
Ma haute taille me gênait particulièrement, non seulement pour mes mouvements dans la chambre, mais aussi lorsque je sortais et rentrais dans l’immeuble. Seul le hall était vaste, et là je me sentais plus à l’aise. Alors que pour sortir dehors, dans le jardin, je devais surmonter de grandes difficultés. Et pourtant, ce vaste jardin était le seul refuge où je descendais par ces journées étouffantes, au crépuscule seulement, car je ne pouvais le faire avant. Là, je pouvais déployer toute ma taille.
Cette taille faisait de moi un homme marqué. Ceux qui me cherchaient pouvaient mieux me suivre et me reconnaître parmi des centaines et des milliers d’hommes. À part le Juge d’Instruction, rôdaient autour de moi d’autres hommes semblables à lui qui cherchaient à savoir où j’étais, ce que je faisais et le notaient soigneusement. Ce plaisir, je les en privais seulement pendant la nuit quand l’obscurité me protégeait. »

Boris Visinski

Boris Visinski (1929 – 2011 à Skopje, Macédoine) passe son enfance en Turquie et en Iran avec ses parents immigrés. Il revient dans sa ville natale juste avant la guerre de 1941 qui laissera des traces profondes en lui et, plus tard, dans toute son œuvre littéraire. Après avoir terminé ses études de droit à Belgrade, il quitte la carrière de juriste pour se consacrer au journalisme. Il travaille plusieurs années pour le quotidien national Nova Makedonija, puis il dirige Kulturen zivot (La vie culturelle) une revue consacrée à la culture, la littérature et les arts. En 1971, il crée la Macedonian Review qui paraîtra en anglais jusqu’en 1994. Il a effectué plusieurs séjours d’études à Paris, Stockholm et Rome. Il a été président de l’Institut Dante Alighieri à Skopje, membre de l’Association des Ecrivains de Macédoine depuis 1958, et du PEN Club macédonien.
Boris Visinski parlait une dizaine de langues dont le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol.

Bibliographie
Nouvelles : Les rivages antiques, Barbara ;
Romans : Ombres et Soif, L’Arc-en-ciel, L’Avalanche, Le Défilé, La mer étroite, La couronne de sable, La peau dans les nuages, La croix de Bogomile ;
Théâtre : La jeune fille, Ratsine ;
Monographie : Vision de la Macédoine ;
Il a reçu des prix prestigieux dans son pays et à l’étranger : « Petrozino », « Mikhail Eminescou », « Mario Restivo » et « Dante Alighieri » pour l’œuvre littéraire d’un auteur étranger en Italie. En Macédoine et en ex-Yougoslavie : Koco Ratsine, 4 juillet (prix yougoslave pour L’Avalanche), Stale Popov ;
Les textes de Boris Visinski ont été traduit dans plus d’une trentaine de langues. Le roman L’AVALANCHE est publié en italien, roumain, serbe, espagnol, grec, maltais, anglais (longs extraits dans une revue) et en japonais.

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